Les Chroniques de L’Isle-sur-Sorgue N°7

Meurtre au refuge

Résumé


Un pensionnaire découvert mort dans un refuge pour vieillard ! À priori, rien d’extraordinaire. Sauf que là, il ne s’agit pas d’un décès naturel, mais bel et bien d’un assassinat pensé « froidement », si l’on peut dire puisque la victime est morte gelée. Mais pourquoi le vieil homme est-il sorti en pleine nuit, dans la tempête de neige qui faisait rage ce soir-là
C’est le mystère que va tenter de résoudre Jules Monier, le pêcheur de Sorgue, ancien inspecteur de la Sûreté qui n’aspirait qu’à couler des jours tranquilles dans la petite ville de son enfance. Mais comme on dit, flic un jour, flic toujours.
Comme à chaque épisode, il sera aidé par son ami Laurent Thibodet, le gendarme, le père Borel, le vieux braconnier malin et pourra compter sur le soutien indéfectible et les oreilles attentives aux commérages de Mariette, sa femme et de Violette, l’épouse de Laurent.


Prologue

La neige tombait en abondance depuis deux jours et un épais tapis blanc recouvrait la place de Bouigas, centre névralgique du quartier des pêcheurs. Mais, en vérité, des pêcheurs, on n’en croisait pas beaucoup en cette saison. D’une part parce que la pêche était interdite et d’autre part parce que même si elle avait été autorisée, il eût fallu être complètement fou pour s’aventurer sur la rivière par un temps pareil.
C’était en tous cas ce que pensait Jules Monier, tandis qu’il se chauffait les pieds à la cheminée où crépitait un bon feu, tout en lisant un excellent bouquin intitulé « La Guerre des mondes » qu’il venait de recevoir par la Poste. Il avait connu son auteur, monsieur HG Wells, quelques années plus tôt lorsqu’il était inspecteur à la Sûreté. Monsieur Wells, en visite à Paris, avait été victime d’une tentative de meurtre perpétrée par un lecteur un peu dérangé. Le romancier anglais n’avait dû la vie qu’à la réaction de Jules qui avait dévié la lame du couteau qui avait failli lui percer la bedaine.
Depuis, monsieur Wells lui adressait toujours un exemplaire dédicacé à chaque fois qu’il publiait un nouvel ouvrage.
Sentant une présence derrière lui, le pêcheur de Sorgue, chômeur provisoire, tourna la tête et aperçut Mariette qui tenait à la main un grand bol d’où s’exhalait une délicieuse odeur de chocolat chaud.
— Pour toi ! dit-elle simplement en lui tendant le récipient.
Jules lui sourit, posa le livre sur le sol, à côté de son fauteuil et saisit le bol qui lui brûla un peu les doigts.
— Quelle chance j’ai de t’avoir, dit-il avec sincérité à la jolie rousse emmitouflée dans un gros pull-over en laine blanche.
L’hiver traînait en longueur et la cheminée parvenait difficilement à réchauffer l’atmosphère de la maison pourtant de petite dimension.
— C’est bien ton bouquin ? demanda-t-elle en s’asseyant dans un fauteuil, proche de Jules.
— Ça fait un peu peur.
— Oui, c’est inquiétant de penser que des gens pourraient venir d’une autre planète pour nous envahir.
— À mon avis, ce n’est pas prêt d’arriver.
— Et si on compte sur Brunet pour nous protéger…
Elle ne termina pas sa phrase, car ils éclatèrent simultanément de rire. Le commandant de la gendarmerie locale, qui détestait cordialement Jules malgré qu’ils aient usé leurs fonds de culotte sur les bancs de la même école, était toujours un sujet de plaisanterie très apprécié chez les pêcheurs qui adoraient se payer sa tête.
Ils parlèrent encore un long moment de choses et d’autres tandis qu’au-dehors, la neige redoublait contre les carreaux.
Soudain on frappa à la porte. Des coups répétés et insistants. Jules et Mariette se regardèrent. Qui pouvait bien braver cette tempête pour venir les déranger à cette heure de la matinée ?
— J’y vais, lança Mariette en se levant d’un bond.
?
Elle alla jusqu’à la porte d’entrée qui laissa pénétrer un flot de neige lorsqu’elle l’ouvrit.
— Laurent ! s’exclama la jolie rousse. Mais qu’est-ce que tu fais dehors par un temps pareil.
— Bonjour Mariette, Jules et là ?
Elle haussa les épaules. Où pouvait-il être à son avis ? Elle désigna le petit salon où Jules avait repris sa lecture.
— Entre, il me reste du chocolat chaud, je vais t’en préparer une tasse, mais dis moi, il n’y a rien de grave, j’espère.
Le lieutenant Thibodet épousseta sa grosse veste en laine et ôta son képi.
— J’ai une mauvaise nouvelle, Mariette, j’en ai peur. C’est le père Terry !
Mariette mit une main en bâillons devant sa bouche :
— Oh non, ne me dis pas qu’il est…
— Tout ce qu’il y a de plus mort ! Je sais que c’était un grand ami du père de Jules et que lui-même l’aimait beaucoup. C’est pour ça que j’ai tenu à venir lui annoncer la nouvelle moi-même.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je suis allé le voir la semaine dernière au refuge Benoît et il avait l’air en bonne santé ! C’est un accident ?
— Ça en a tout l’air ! On l’a retrouvé mort dans… le kelli, dans les cabinets, les pantalons sur les chevilles.
— Une crise cardiaque ? interrogea Mariette.
— Il semblerait. J’ai demandé une autopsie, parce qu’il y a un ou deux points de détails qui me paraissent curieux.
Le front de l’ancien inspecteur de la Sûreté se plissa :
— Quels détails ?
— Eh bien par exemple je ne comprends pas pourquoi il est sorti par un tel froid, alors qu’il avait de quoi se soulager dans sa chambre, un pot de chambre tout neuf.
— Effectivement, c’est étrange. J’aimerais voir le corps.
— Bien sûr, il est à l’hôpital. Tu peux y aller quand tu veux. Et cet après-midi, je vais au refuge pour enquêter. Tu m’accompagnes ?
Jules hocha gravement la tête. Et comment qu’il allait l’accompagner.